mardi 24 mars 2015

Discours de Valérie Boyer à l’occasion de la plantation des arbres avec la Croix Bleue des Arméniens de France

Madame la Présidente de la Croix Bleue des Arméniens de France, Béatrice ANANIAN,
Monsieur le Vice-Consul d’Arménie, Samvel LALAYAN
Messieurs les représentants du CCAF,
Mesdames et messieurs,
Mes très chers amis,

"Qui se souvient encore de l’extermination des Arméniens ?". Quand Adolf Hitler prononce cette phrase le 22 août 1939 à Berlin dix jours avant l'invasion de la Pologne par la Wermacht du 1er septembre 1939, devant les commandants en chefs de l'Armée du 3ème Reich, la  phrase est lourde de sens et de sous-entendus : elle encourage les exactions, les massacres que vont connaître les peuples européens.

Elle est forte d'une certitude : l'histoire oubliera !

La preuve en huit mots que le génocide arménien organisé et exécuté vingt-quatre années plus tôt par le gouvernement "Jeunes-Turcs" servira d'exemple sinon de modèle à Hitler quand avec les dignitaires nazis, il planifiera la solution finale, le 20 janvier 1942, à la Conférence de Wannsee.
A l’heure où nous nous apprêtons à commémorer le centenaire du génocide arménien, aucune loi ne permet encore en France de réprimer le négationnisme des génocides et crimes contre l’humanité, à l’exception de la Shoah.
Alors que deux génocides sont reconnus officiellement par la France, la Shoah et le Génocide arménien de 1915 (reconnu par la loi du 29 janvier 2001), seule la négation de la Shoah est à ce jour sanctionnée par la loi Gayssot, instaurant ainsi une concurrence des mémoires. Cette situation injuste doit cesser, tant pour la pénalisation de la négation du génocide de 1915 que pour celle des autres génocides que la France souhaitera reconnaître.
Comme vous le savez, l’actualité démontre une fois de plus l’urgence de l’adoption d’une loi pénalisant le négationnisme des génocides et crimes contre l’humanité. Les persécutions contre les Chrétiens d’Orient, particulièrement tragiques et choquantes en Irak notamment, rappellent à nos mémoires le souvenir douloureux du génocide des Arméniens, près de cent ans après les faits.
J’avais déjà en 2011 proposé un texte de loi s'inspirant du droit communautaire sur la lutte contre le racisme et la répression des génocides reconnus par la loi Française dont le génocide arménien. Cette proposition de loi avait été adoptée par tous les groupes de l'Assemblée nationale comme du Sénat le 23 janvier 2012. Malheureusement, elle a fait l’objet d’une censure du Conseil Constitutionnel, au motif que le négationnisme relevait de la liberté d'expression, mettant fin à cette tentative de pénalisation du négationnisme.

Pourtant, l’opportunité de réprimer le négationnisme de tous les génocides et crimes contre l’humanité fait écho à une actualité brûlante, dans le contexte des persécutions contre les Chrétiens d’Orient en Irak notamment, qualifiées par Ban Ki-Moon de crimes contre l’humanité.
Il s'avère nécessaire et urgent de légiférer afin de proposer une nouvelle qualification du négationnisme. Je me suis ainsi appliquée à travailler à la rédaction d’une version alternative et innovante, fruit de la réflexion que j’ai menée avec d’éminents juristes pénalistes. C'est pourquoi je propose que le négationnisme ne soit plus considéré par la loi comme un simple abus de la liberté d’expression mais comme un délit contre l’humanité.
Ceci présente un double avantage : sortir de l'impasse juridique opposée par le Conseil Constitutionnel sur la liberté d'expression et protéger tous les génocides reconnus par notre droit.
C’est donc un dispositif législatif enrichi que j’ai proposé à cosignature à mes collègues députés, une loi apolitique visant l’intérêt général, qui s’affranchit des considérations partisanes. Ce texte a vocation à l’universalité car il protège tous les génocides reconnus par la loi française et s’inscrit dans le respect des Droits de l’Homme. Cette loi est disponible sur le site de l’Assemblée nationale et je souhaite que son examen intervienne prochainement car cette cause me tient particulièrement à cœur mais elle est surtout indispensable à notre engagement et notre droit.
C'est dans cet objectif que nous travaillons en complémentarité avec le CCAF et l’ensemble des associations arméniennes.
Notre volonté à tous c'est de faire de 2015 une année Capitale pour l'Arménie et les Arméniens,
Capitale pour la mémoire du peuple arménien qui a tant souffert,
Capitale pour la reconnaissance de ce combat que vous menez depuis 100 ans.
Ce combat nous rassemble tous autour des valeurs de tolérance, de fraternité et quelles que soient nos convictions, c'est ensemble que nous allons réussir, en additionnant nos forces.
Car ce qui nous uni est plus fort que ce qui nous divise.
C'est en vertu de ce principe, auquel nous adhérons tous ici, que Jean-Claude GAUDIN a souhaité que 2015 soit à Marseille et sur l'ensemble du territoire : Une Année de recueillement, de mémoire, de culture et d'échange pour la communauté arménienne.
Tout au long de cette année, c’est donc un immense appel de notre territoire à la reconnaissance du génocide arménien qui est lancé.
Dans ce cadre, de nombreux événements culturels ont déjà eu lieu et prolifèreront tout au long de l’année. 
Sur les 11ème et 12ème arrondissements, j’ai tenu à mettre en lumière, en lien avec Monique Cordier, Adjointe au Maire déléguée aux espaces verts, et sensible tout comme moi à la cause Arménienne, un projet de plantation d’une centaine d’arbre autour du monument du génocide. Cette plantation, issue d’un partenariat entre la Mairie des 11ème et 12ème arrondissements et l’association de la Croix Bleue des Arméniens de France représente un acte symbolique fort de cette année de commémoration.
En effet, dans toute la France, la Croix-Bleue des Arméniens de France a sollicité des villes afin d’organiser avec elles la plantation d’Arbres du Souvenir dédiée aux femmes arméniennes, qui pendant et après le génocide, ont lutté pour survivre et transmettre la vie et la mémoire.
Ainsi, 100 arbres amandiers et grenadiers seront plantés autour de ce lieu symbolique tout au long de l’année 2015.
Un arbre représente une vie, celle perdue lors des déportations où périrent 1.5 millions d’arméniens, celle que de nombreux réfugiés ont tenté de recréer après avoir été accueilli dès 1922 à Marseille, celle des survivants et de leurs descendants qui aujourd’hui sont estimés à près de 80 000 habitants dans l’agglomération marseillaise.
Nous souhaitons que cette plantation soit l’occasion pour de nombreux marseillais, qu’ils soient d’origine arménienne ou non, de partager cet évènement solennel.
Cet espace deviendra un « Parc du Souvenir », qui engage la communauté arménienne mais également la municipalité à prendre soin des arbres plantés lors de cette cérémonie.
Le projet de création du Parc du Souvenir sera complété à l'automne 2015 avec une deuxième phase de plantation qui portera à 100 le nombre total d'arbres. Cette deuxième phase sera financée grâce aux dons des particuliers et entreprises.
L’Histoire, surtout lorsqu’il s’agit d’un crime contre l’humanité ne doit jamais être oubliée.

Que 2015 soit l'année de la justice, de la mémoire et de l'espérance !